Pour une grande entreprise, investir dans une start-up n'est plus inhabituel. Mais en 2015, ça l'était encore. A l'époque, la Maif, via son fonds dédié aux start-up Maif Avenir, était l'un des rares gros corporates français à s'être doté de son propre véhicule d'investissement. Cinq ans plus tard, où en est l'assureur français ? 175 millions d'euros ont été investis dans des jeunes pousses, sur un total de 250 millions d'euros (125 millions d'euros à la création + 125 millions d'euros en juillet 2017). Au total, 34 sociétés ont reçu des fonds de Maif Avenir, avec un focus sur l'économie collaborative. "Notre choix de départ a été de soutenir des entreprises avec qui on a noué des partenariats opérationnels, c'est-à-dire des sites d'échange de maisons, de voitures, de camping-car. Des plateformes qui avaient un volet assurantiel ou de prescription", justifie Milène Gréhan, responsable du fonds Maif Avenir.

L'assureur a effectivement financé des plateformes en tout genre, allant de Yescapa (location de camping-cars entre particuliers) à Samboat.fr (location de bateaux entre particuliers) en passant par MesDépanneurs.fr (plateforme de mise en relation avec des professionnels). Certains comme Dreem (bandeau pour le sommeil) ou Sea Bubbles (taxi volant) sont très éloignés de la thèse d'investissement initiale mais évoluent dans des secteurs qui intéressent l'assureur, à savoir la mobilité et le bien-être. Pour s'y retrouver dans cette jungle d'investissements, le JDN a réalisé une infographie.

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Alors que certains investissements ont donné lieu à de beaux exits (TravelCar revendu à PSA, MesDépanneurs.fr revendu à Engie…), d'autres n'ont pas connu le succès escompté. Les deux assurtech Valoo (assurance à la demande) et Inspeer (assurance collaborative) ont toutes deux cessé leurs activités en 2019. "Comme beaucoup de start-up, Valoo est passée d'un modèle BtoC à BtotB et a beaucoup fait évolué son offre en commençant par de l'inventaire de biens, puis du pricing de biens et enfin de l'assurance à la demande. Les clients ont été un peu perdus", regrette Milène Gréhan. La plateforme de services entre voisins Stootie a été placée en redressement judiciaire en octobre 2018 avant d'être finalement reprise par Cdiscount. Les pertes liées à ces échecs ne sont pas communiquées par Maif Avenir qui assure en revanche avoir généré 40 millions d'euros de cessions.

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Depuis deux ans, la Maif a ralenti le nombre de financements, car cette boulimie devenait difficile à gérer. "Nous avions investi dans une bonne vingtaine de start-up, c'est beaucoup sachant qu'on est au board de chacune d'entre elles. Nous avons donc décidé de concentrer nos efforts sur la gestion du portefeuille et gérer les refinancements", raconte la dirigeante, qui précise que le ticket moyen de refinancement s'élève à 6-7 millions d'euros en moyens (contre 3-4 millions pour un primo investissement). La thèse d'investissement a aussi évolué. "Comme la Maif va devenir une entreprise à mission, Maif Avenir s'est doté d'une raison d'être. Nous souhaitons affirmer notre rôle social et environnemental et investir dans des entreprises qui s'engagent sur ces thématiques", indique Milène Gréhan.

Trois thématiques sont désormais privilégiées. La première, baptisée "améliorer la vie des personnes", inclut des start-up issues des RH, la mobilité, la fintech et l'habitat. Ensuite, les start-up BtoB seront très regardées, en particuliers celles qui permettent de "renforcer les organisations, les rendre moins dépendantes des Gafa", précise Milène Gréhan. Enfin, les modèles alternatifs qui comprennent la lutte contre le gaspillage, l'économie circulaire ou encore la gestion des déchets. Maif Avenir vise entre 4 et 6 dossiers pour 2020, avec des tickets allant de 500 000 à 5 millions d'euros pour une enveloppe totale de 110 millions d'euros.

source : https://www.journaldunet.com/economie/finance/1488847-maif-avenir-175-millions-d-euros-investis-40-millions-d-euros-cedes/